vendredi 26 avril 2013

Perfectionniste ou névrosé ?


C'est de notoriété publique : je suis doté d'un égo assez largement dimensionné. En réalité, je pense que cet égo cache une tendance perfectionniste qui pourrait être pathologique ... en tout cas en ce qui concerne les activités dans lesquelles je me lance corps et âme (tel le poker depuis quelques années).

Dans ma vie quotidienne, ce perfectionnisme se traduit souvent par de la procrastination : à défaut de faire quelque chose de manière imparfaite, je préfère ne pas le faire du tout. Je suis aussi capable de tenir des heures dans des débats et controverses, et je déteste ne pas avoir le dernier mot (parfois, je dois me forcer à céder y compris quand je suis certain d'avoir raison).  

Au travail, je suis aussi assez sujet au perfectionnisme, mais je parviens à en maîtriser les effets pervers en me forçant à considérer les aspects économiques (l'EV pour l'entreprise) de chaque décision. Le fait aussi que je ne place pas mon travail si haut que ça dans la liste de mes priorités, tend à relativiser pas mal mon perfectionnisme. Si je suis souvent salué pour la qualité de mes réalisations et la clarté de mes documents et de mes reportings, on critique aussi souvent ma tendance à vouloir contrôler des choses qui ne sont pas de ma responsabilité, ainsi que le fait que je sur-protège mes subordonnés. Heureusement, j'ai un travail de "manager", et pas de "productif".



Et au poker ?

Si vous suivez ce blog de manière régulière, vous savez à quel point je traite cette activité avec sérieux, et à quel point je la place haut dans mes priorités. Je passe mon temps à étudier le jeu, à lire des livres ou des articles, à écouter des podcasts et regarder des vidéos sur ce sujet. Quand on me pose une question technique, je ne sais pas répondre simplement, mais je vais étudier en détail chaque aspect de la question, et justifier par des calculs chacun de mes postulats, chacune de mes conclusions. Bref, je suis ultra-perfectionniste.

Vous me direz "c'est très bien ça". D'une certaine façon, oui, c'est ce qui m'a permis d'en arriver là. En fait, il y a aussi d'importants effets pervers :

  • Tout d'abord, je suis perçu comme arrogant et parfois condescendant. Et pour cause : je méprise particulièrement ceux qui se complaisent dans la médiocrité. Cela a été particulièrement évident au CP95, où tout mon cheminement a été dicté par mon perfectionnisme jusqu'à me conduire à me distancier du club.
  • Je suis également particulièrement sujet à l' "Entitlement Tilt" (alias Phil Hellmuth Tilt). "Puisque j'ai plus travaillé mon jeu que mes adversaires, que mes bases techniques sont beaucoup plus solides, et que je fais moins d'erreurs , je dois gagner, c'est un dû". Quand le fish gagne contre moi, c'est une sorte de sentiment de spoliation qui m'envahit.
  • Mon perfectionnisme va de pair avec un désir de contrôler. Or ce désir de contrôle se marie plutôt mal avec la variance du poker. Il en découle une forme d' "Injustice Tilt" lorsque la variance est particulièrement en ma défaveur. Je dois en permanence travailler sur ma compréhension et reconnaissance de la variance pour ne pas me laisser submerger par cette forme de tilt.
  • Qui dit perfectionniste, dit hantise de l'erreur. Or au poker, même les meilleurs admettent faire fréquemment de grosses erreurs. Qui suis-je pour détester à ce point faire des erreurs ? Plutôt que de les redouter, je devrais être heureux, car chaque erreur détectée est une occasion de s'améliorer.
  • Enfin, je vais passer beaucoup de temps à étudier, calculer, et chercher à optimiser mon jeu ... ce qui fait que finalement je vais assez peu jouer (procrastination, le retour). A vouloir avoir un jeu parfait, je ne vais pas jouer quand les conditions ne sont pas parfaites. Or, qui dit volume faible, dit fort impact de la variance (*).

(*) en fait, c'est un abus de langage, puisque la variance (somme des carrés des écarts à la moyenne) est proportionnel au nombre de mains ; c'est l'écart type qui est proportionnel à la racine carrée du nombre de mains, et c'est l'écart type que l'on cherche à minimiser par rapport à l'espérance (WR) en maximisant le volume.


Je voudrais éviter que ma tendance au perfectionnisme atteigne un niveau pathologique, et finisse par relever de la névrose. Bref, ce premier diagnostic réalisé, il faut que je me soigne.


Pour ce faire, il me faut un plan d'action et des objectifs. Et pour ne pas retomber dans les mêmes travers, on va faire simple :

  1. Retrouver du volume pour limiter la variance : objectif de 40 heures de jeu par mois sur les 3 prochains mois. C'est un objectif ambitieux car ma fonction de père monopolise pas mal de temps.
  2. Arrêter de courir tous les lièvres : quitte à être perfectionniste, autant tirer partie des aspects positifs de ce trait de caractère. Je ne peux pas être bon dans toutes les disciplines ; et pourtant, j'ai toujours un peu papillonné. Il est sans doute temps que je me spécialise franchement, et que je cherche à vraiment dominer une forme particulière de poker. J'exclus d'office les tournois (je n'aime pas), le CG en HU (je suis inadapté) et le Omaha (je suis incompétent . Entre le CG-6max et les SNG, je vais privilégier le second (bien que je préfère le premier). Je m'étendrai sur les raisons de ce choix dans un autre post. Sur les 3 prochains mois, je veux donc retrouver un ROI de 5% sur un volume progressivement croissant de SNG.
  3. Garder en tête mes défauts : dans ma pre-game routine, je dois prendre acte de mes défauts et rabâcher la manière dont je peux les minimiser. Je dois rester conscient de ma tendance à l' "Entitlement Tilt" et la monitorer en permanence. J'ai donc rédigé une "Mental Hand-History" qui détaille la nature et les raisons de cette forme de tilt, et qui tente d'en corriger les failles sous-jacentes. Relire cette "Mental Hand History" fera partie de ma pregame routine avant chaque session. Je compte faire pareil pour mes autres formes de tilt si je constate que ça aide.


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